Roger Muffat 1   Mise à jour récente !


Roger MUFFAT et le  RALLYE DES CIMES de 1973 à 1976

Nous nous rendons par les chemins de traverse à SALLANCHES, en Haute Savoie, au pied du massif du MONT-BLANC, chez monsieur Roger MUFFAT.

Nul n’ignore l’épopée de la JEEP dans les montagnes du pays basque. Si elle s’est illustrée en rallye tout-terrain sous l’impulsion de Sauveur BOUCHET, elle était aussi un véhicule utilitaire appréciée des éleveurs de montagne. Utilisée pour ravitailler les cayolars, et en redescendre le lait de brebis, elle permettait par ailleurs d’accéder aux hameaux les plus isolés, jusqu’alors seulement accessibles en « pataugas » ou en mulets.

A mille kilomètres de LICQ et de CAMBO, les bergers de la région de SALLANCHES ont aussi roulé en JEEP pour se rendre à l’alpage (estive). Il faut dire qu’en 1950, peu de véhicule 4X4 sont commercialisés.

Ici point de brebis, mais des vaches dont le lait sert à fabriquer la tomme ou le reblochon.

La coiffe des hauts savoyards n’est pas le béret mais le bonnet de laine. Ils n’ont pas de sabot caoutchouc « etche », mais des chaussures de montagne en cuir. Si mille kilomètres séparent ces montagnards, leurs contraintes sont les mêmes. La pente, la pluie, le brouillard,   le dénivelé important pour atteindre l’alpage, mais aussi les ravins….

Dans les années soixante, quelques intrépides vont se lancer des défis. Ils équipent leurs montures de pneus agraires et parcourent les chemins les plus escarpés. D’autres comme Roger MUFFAT vont aussi participer à des rallyes au début des années soixante-dix. (Rallye des Crêtes à MEGEVE, rallye de CHAMROUSSE). On compte encore aujourd’hui à  SALLANCHES un grand nombre de JEEPS, peut-être 300?  Un garage spécialisé dans leur entretien et leur restauration a toujours pignon sur rue.

Roger MUFFAT le deuxième en partant de la droite

Roger MUFFAT a entendu parler du critérium des cimes. Il n’y avait alors pas internet pour promouvoir la discipline. Seuls le bouche à oreille, une page de temps en temps sur les revues spécialisées et une part d’imaginaire permettaient d’entretenir la passion. Il fallait en vouloir pour traverser la France par les routes nationales pour se rendre à LICQ. Mais Roger n’est pas le style de bonhomme à se déplacer dans une région aussi lointaine pour y faire de la figuration. Aussi décida-t-il d’optimiser les performances  de sa JEEP torpedo.

Il commença par le moteur. Après avoir démonté la caisse, il adapta un moulin de TRIUMPH 2000. Ce 6 cylindres en ligne paraissait immense à côté de la boite de transfert de la JEEP.

Trop lourd, trop de poids sur l’avant. Il tenta bien de mieux répartir les masses en installant le radiateur à l’arrière, mais il fût alors confronté à des problèmes de chauffe.

Il lui préféra le FORD Capri RS 2600 cc à injection de 150 chevaux. Pour la boite de transfert, il adapta une boite de FORD transit. Elle présentait l’avantage d’avoir quatre rapports (trois sur la jeep ) et une commande de vitesse sur le côté (comme la jeep). Le pont arrière (lequel supporte le plus de contraintes) fut usiné par Jackie HAAS (qui fut à l’origine de la R4 SINPAR).

La calandre de la jeep dut être avancée  car le 6 cylindres occupait plus de place. Cet espace supplémentaire fut aussi utilisé pour y loger un radiateur de jeep Delahaye contenant davantage d’eau. (Pas de liquide de refroidissement à l’époque)

Un boitier de direction plus direct fut adapté.

Pour assouplir la suspension, il enleva les petites lames et les remplaça par des plus longues. Il doubla les amortisseurs.

Les arbres de roues arrière étant le point faible des Jeeps CJ 2A, il monta des arbres plus gros de jeep CJ 3A.

Au printemps 1973, tard le soir après le travail, il partait essayer sa jeep sur les chemins de montagne. Avec un tel moteur, Il faisait sensation auprès du voisinage.

En juillet 1973, il remporta le rallye de CHAMROUSSE. Le moment était venu d’aller défier les basques sur leurs terres.

Au retour du rallye de CHAMROUSSE

C’est avec ce pick-up FORD qu’il va faire le déplacement en Soule.

Le 22 août 1973 son engagement est pris en compte par les organisateurs.

Trop souvent dérangé dans son garage de SALLANCHES, il arriva à LICQ quatre jours avant le départ et s’installa au camping de l’hôtel des touristes. Il fit alors connaissance avec les locaux, dont Jugé ETCHECOPAR. Imaginez Jugé avec son accent haut souletin décrire les passages les plus escarpés d’ORGAMBIDESCA à des hauts savoyards. Pas sûr qu’ils aient tout compris du premier coup.

Les enfants du village rappliquèrent en vélo tel un essaim d’abeilles. Ils ne perdaient pas une miette des derniers réglages. Nul doute qu’ils renseignaient leurs ainés sur notre jeep de 150 chevaux (énorme pour l’époque).

Les derniers réglages derrière chez BOUCHET

La course se déroula par un temps splendide.

Le mur de Celhay

Le soir de la première étape à SAINT-JEAN PIED DE PORT il occupait la troisième place.

Le dimanche, après l’abandon d’Arnaud BOUCHET il parviendra à se hisser à la deuxième place. La performance de Thierry de MONTCORGE premier vainqueur de l’épreuve en buggy 2 roues motrices fit passer son brillant résultat au second plan.

Dès lors il tombe amoureux du coin. « C’est une région qui a su garder  identité et authenticité dit-il. Au Pays Basque il n’y a qu’une saison touristique. Chez nous en Haute Savoie, la saison touristique d’hiver a dénaturé nos montagnes. » Il se lie d’amitié avec des locaux, notamment Maité et Jacques GRETHA qu’il rencontre encore aujourd’hui, plus de 40 ans après les années jeep.

R. MUFFAT, entre J. GRETHA et G. DEBUSSY

Septembre 1974

De retour à LICQ,  il est bien décidé à réitérer sa performance de l’année précédente. Pour cela, il a  d’allégé sa Jeep. Il remplace la caisse d’origine par une coque polyester de buggy Baboulin. Le rapport poids-puissance est démentiel.

Le rallye commença très mal. Lors du test à Salhagagne  il cassa la boite de transfert, l’arbre de transmission n’ayant pas été bien ajusté au niveau de la longueur. Il parvient à trouver la pièce de rechange chez les locaux. C’est sous la pluie, de nuit, dans le champ au bord du gave qu’il effectua la réparation. Il fut éclairé par les phares du 4X4 de l’importateur TOYOTA France qui, avec son véhicule, moteur tournant, patienta jusqu’à 2H00 du matin.

Le samedi, il s’élança en dernière position. Le soir, à ST JEAN-PIED-DE-PORT il fut surpris d’être troisième du général avec quatre meilleurs temps. Le dimanche, poursuivant sur sa lancée, il se retrouva en tête au départ de la dernière épreuve, celle de la RHUNE. Il avait presque course gagnée lorsque subitement son moteur s’étouffa. Il leva le capot et vit que la durite de prise d’air s’était rétrécie sous l’effet de la chaleur. A cause de cet ennui, il se fit coiffer sur le fil par Yves PACHIAUDI qui remporta son premier rallye des cimes. Il termina second au général à 35 secondes du premier, il avait de quoi nourrir des regrets.

Septembre 1975

Roger MUFFAT et son équipe ont maintenant leurs habitudes. Installés  « chez BOUCHET » plusieurs jours avant la course, ils  ont pris goût à la cuisine d’Arnaud. Les savoyards ont l’habitude de fumer leur jambon, leur saucisson et  la charcuterie en général. Ici, ils découvrent une cuisine traditionnelle différente sans le goût de fumé. La ratatouille est avantageusement remplacée par la pipérade. Sans parler du gâteau basque….  C’était devenu une semaine de vacances incontournable.

Sur le plan sportif, nouvelle victoire d’Yves PACHIAUDI. Roger MUFFAT termine 5 ème à 9 secondes du podium.

Septembre 1976

Fidèle à l’épreuve il se présente à nouveau au départ. Il a refait lui-même la carrosserie de sa jeep. Outre le gain de poids, il souhaitait ainsi améliorer l’accessibilité des organes mécaniques.

Tout se passe pour le mieux. Le dimanche matin, au départ de la deuxième spéciale de la journée, il fait le tour de sa voiture. Il ôte le bouchon d’essence pour vérifier qu’il  y a suffisamment de carburant. Il revisse le bouchon, mais mal ……. sans s’en apercevoir. A 200 mètres du sommet de « GAKOETA », il est acclamé par le public. Du moins c’est ce qu’il croit. En fait, le feu est en train de prendre à l’arrière de sa jeep.

Il tente de l’éteindre, mais son extincteur est défectueux. Il est impuissant devant les flammes.

Il assiste désabusé au passage d’Yves Pachiaudi, futur vainqueur de l’épreuve.

C’est la fin de sa carrière en rallye tout-terrain. Son travail ne lui permettra pas d’avoir assez de temps pour reconstruire une voiture.

Avril 2018

A bientôt 76 ans, Roger MUFFAT est plein d’énergie. Son souhait serait de participer à l’historique du rallye des cimes 2019. Pour cette année ce sera un peu juste dit-il. Il vient de fermer définitivement son garage au public. Il devrait avoir un peu plus de temps à consacrer à sa magnifique Jeep RENEGADE. Il souhaiterait par la même occasion faire découvrir le pays basque à son épouse. Espérons que leurs amis de MACAYE sauront les en persuader.

Maxime Lopez



Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Z'êtes un humain ? *

Commentaire sur “Roger Muffat

  • ROUY WILLIAM

    cela me rappelle des souvenirs ; voir cette jeep renegade qui a hanté mes rêves d ados …là ce soir …je la revoie… alors en plus si monsieur Muffat sera à nouveau de la partie cette année…il va falloir que je sois là. hahha .